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L’heure est à la foi
« Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. »
L’Evangile de la résurrection de Lazare que nous avons médité ce 5ème dimanche de carême résonne d’une manière toute particulière en ce temps de pandémie. Il n’est pas rare que nous connaissions des personnes, plus ou moins proches, atteintes par le COVID19, certaines le sont gravement, certaines en meurent… Et au-delà de la pandémie, des questions se posent, et inquiètent : Dans quel état allons-nous sortir de cette épreuve ? La pandémie vient en effet interroger la mondialisation, notre modèle économique, la manière même dont nous vivons en société et dont nous, les catholiques, vivons notre foi et en témoignons… Nous nous pensions « tout puissant », nous estimions dominer la nature et pouvoir maitriser le vivant… Un tout petit virus, en quelques semaines, « renverse la table » de nos certitudes et nous rappelle de manière extrêmement violente notre fragilité et notre finitude. Alors la colère de Marthe contre Jésus, et sa souffrance aussi, peuvent être les nôtres et celles de bon nombre d’hommes et de femmes perdus et déboussolés : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » (Jean 11, 21) dit-elle à Jésus. Nous, nous pouvons avoir la tentation de lui dire en ces jours : « Si tu étais vraiment à nos côtés ; si, comme on nous le raconte à longueur de prédication, tu n’étais qu’amour ; si, comme nous le disons dans le credo, par ta mort et ta résurrection tu avais vraiment vaincu le mal et la mort, alors ce fléau n’aurait jamais dû s’abattre sur l’humanité ou tu aurais dû, par ta puissance, l’arrêter ! »
« L’heure est à la foi ! », c’est le titre de cette chronique, mais comment croire ? C’est-à-dire comment avoir confiance en Celui qui répond à Marthe : « Moi, je suis la résurrection et la vie. » ? (Jean 11, 25) Comment avoir la confiance de Marthe qui, si elle reproche à Jésus de ne pas avoir empêché son frère de mourir, ajoute immédiatement après : « Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, il te l’accordera. » ? (Jean 11, 22)
« Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, il te l’accordera. »
C’est un cri du coeur que pousse Marthe, empli de confiance et d’amour pour Jésus, alors même que son frère bien-aimé repose dans le tombeau. Un cri du coeur qui s’enracine dans le lien particulier qui existe entre Jésus et Marthe, comme entre Jésus et sa soeur Marie et son frère Lazare.
Marthe, Marie et Lazare habitent à Béthanie, dans une maison que Jésus apprécie. Cette maison est toujours ouverte pour le recevoir, preuve en est cet épisode célèbre rapporté par St-Luc (Luc 10, 38-42) dans lequel Marthe et Marie accueillent Jésus pour le repas. Dans la maison de Béthanie, Jésus pouvait se reposer après les fatigues du chemin. Il savait qu’il y trouverait des coeurs qu’il aimait et qui l’aimaient en retour. L’évangéliste Jean en a témoigné au début de l’Evangile de ce 5ème dimanche : « Jésus aimait Marthe et sa soeur, ainsi que Lazare. » (Jean 11, 5)
C’est parce qu’il y a entre eux cette relation d’amitié, de complicité, de confiance, que Marthe a pu accéder à la vérité de la mission de Jésus au milieu des hommes : « Tu es le Christ, le Fils de Dieu… » Si elle reconnait et s’incline devant Jésus-Messie, dans le même temps elle ne craint pas cette franchise qui existe entre deux vrais amis et qui permet de tout se dire, y compris les reproches : « Seigneur, cela ne te fait rien ? » (Luc 10, 40) ; « Si tu avais été là mon frère ne serait pas mort ! » (Jean 11, 21).
Contempler ce Dieu qui, en Jésus, se fait l’Ami
Méditant cet évangile, au coeur de cette tourmente qui balaie notre monde avec un telle force que bien malin est celui qui peut prédire comment nous en sortirons et ce que sera demain, nous voilà invités à la foi en Jésus le Christ, Fils de Dieu et Sauveur.
Le chemin pascal que nous emprunterons à la suite de Jésus à partir de dimanche prochain peut être le lieu de la contemplation de ce Dieu qui, en Jésus, se fait l’Ami. Par amour, il s’abaisse jusqu’à devenir l’un de nous, jusqu’à prendre sur lui nos souffrances et à mourir pour nous, s’identifiant au dernier des hommes, sur la croix, entre deux malfaiteurs… Amitié vraie du Christ qui ne peut trahir, qui ne peut
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juger et condamner, capable de renverser tous les obstacles, y compris le péché, le mal et la mort et d’offrir sa propre vie, vie nouvelle et éternelle du matin de Pâques.
Si nous contemplons l’Homme-Dieu souffrant du Golgotha, si nous le contemplons dans la gloire de sa résurrection au matin de Pâques, alors nous réalisons qu’il tient parole quand il dit à Marthe : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
Nous croyons que Jésus-Christ, marche à nos côtés, vivant, ressuscité !
L’émotion et l’inquiétude peuvent nous conduire à accuser Dieu de ne pas intervenir pour faire cesser cette pandémie… Et nous pouvons également entendre ici et là qu’il nous l’aurait infligée pour nous punir de notre inconduite… Mais l’accuser de ne rien faire ou penser qu’il voudrait nous punir n’est pas croire au Dieu de Jésus-Christ ! Nous croyons en un Dieu qui, en Jésus le Christ, est venu partager la vie des hommes, dans ses joies et ses souffrances, ses réussites et ses échecs, dans les souffrances et jusque dans la mort. Nous croyons que, désormais, il marche, vivant et ressuscité à nos côtés sur notre route quotidienne. A la suite des pèlerins d’Emmaüs tristes et apeurés sur le chemin, il nous ouvre le coeur à son Esprit Saint afin que nous devenions les témoins de l’Espérance pascale.
« Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Puissions-nous, comme Marthe, lui répondre en vérité : « Oui, Seigneur, je le crois : tu le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »
Pour cette semaine,
Je vous invite à relire et à méditer l’évangile de la résurrection de Lazare, dans l’évangile de Jean, au chapitre 11, versets 1 à 45, et à dire, chaque jour, cette prière du père Hilaire Léonard-Etienne, prêtre belge (1924-1984), inspirée de St-Claude-de-la-Colombière :
Jésus, mon guide et mon ami
Tu m’as ouvert tous les chemins du monde ;
Tu m’as précédé sur toutes les routes
Pour que jamais je ne sois sans lumière.
Quand je suis seul,
je me souviens de toi, priant dans le désert ;
Quand je suis pauvre,
je revis ta naissance dans la nuit de Noël ;
Quand je suis affligé,
je te revois près de Lazare.
Il n’y a pas un sentier de la vie que tu n’aies emprunté avant moi.
Quand je me sens trahi,
je me souviens que quelqu’un t’a livré ;
Quand je subis l’injustice,
je pense à toi devant tes juges ;
Quand l’angoisse m’étreint,
ton agonie est sous mes yeux ;
Et quand la mort trouble ma paix,
je te regarde en croix.
Ainsi, Jésus, tu es mon guide,
mon premier de cordée
sur la montagne du Tabor.
Tu es aussi mon modèle ;
Rien qu’en te regardant, je sais !
Je sais comment aimer,
je sais comment souffrir,
Comment vivre le grand projet de Dieu.
Que ta force à présent s’ajoute à ta lumière
pour que je rende visible ton visage
dans le monde présent. Révèle la merveille de ton Amitié Divine aux mal-aimés, aux désespérés, à tous les accablés de souffrances.
AMEN
+ Laurent PERCEROU
Evêque de Moulins

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